Retour du Loup et ... abattage
L’Etat français à signé deux arrêtés ministériels concernant la destruction du Loup en France. Ces deux arrêtés comportent deux nouveautés majeures qui ne peuvent que choquer les associations de protection de la nature.
La première est le nombre de loups dont la destruction est autorisé qui est passé de 6 individus pour l'année 2010/2011 à 11 individus pour 2012/2013. Cela n'est absolument pas corrélé à l'augmentation de la population de loup (tout au plus si nous avions voulu suivre l'évolution de la population le nombre de 8 loups aurait été un maximum). C’est un très mauvais signe envoyé aux éleveurs en laissant penser que l'abattage des loups correspond à une protection de leurs troupeaux alors qu'il n'en est rien.
Cet arrêté est donc basé sur une approche plus socio-économique que scientifique.
Cependant, bien que les trois départements soient inscrits cela ne veut pas dire que les éleveurs peuvent à leur libre choix tirer sur des loups. Il y a une procédure à respecter qui passe par la mise en place de mesures de protection des troupeaux, par des mesures d'effarouchement, une autorisation préfectorale de tir de défense,… Ainsi, en l'absence de ces mesures les éleveurs sont aujourd'hui dans l'impossibilité, sans se mettre en marge du droit, de tirer sur des loups. Par contre, sans un investissement des collectivités dans les mesures de protection, les éleveurs ne pourront pas, pour des raisons économiques et techniques, mettre en place de manière proactive les mesures de protection…
C'est bien la prévention et la protection qui doit aujourd'hui s'engager plutôt que l'éventualité de tirs.
Le second arrêté concerne l'intégration des départements du Haut-Rhin, de la Haute-Sâone et des Vosges dans le périmètre des autorisation.
Dans le Haut-Rhin comme en Haute-Saône, il n'y a pas de zone de présence permanente (nécessite la présence avérée d'animaux pendant 2 hivers consécutifs) mais seulement pour l'heure présence ponctuelle ; dans le massif des Vosges, à ce jour, seule la présence de deux loups a été constatée. La population n’est pas véritablement installée et le massif doit être considéré comme zone de colonisation. Dans ces conditions, inclure ces départements dans cette liste consisterait à y empêcher l'installation de l'espèce.
Dès lors, Alsace Nature considère que l'administration a envoyé un très mauvais signe en intégrant ces trois départements dans l’arrêté alors même qu'aucune mesure de protection des troupeaux n'est pour l'heure mise en place sur le massif vosgien.
Comme nous l'avions fait l'année dernière au travers d'une rencontre avec les éleveurs, nous continuerons notre travail de dialogue avec la profession pour entendre et accompagner les mesures permettant la cohabitation des grands prédateurs et l'élevage en montagne.
Si cette profession connait des difficultés structurelles et économiques importantes, ce n'est pas au loup qu'elle le doit mais à une mondialisation des ressources alimentaires et le phénomène est bien antérieur au retour du Loup en France.
Les importations massives de viande ovine à des coûts insupportablement bas depuis des décennies ont causé bien plus de tort à l’élevage, et la perte de nombreuses exploitations, que les prédateurs n’en feront jamais.
Le retour du Loup est un bon signe pour la biodiversité et il convient donc que la société accompagne les nécessaires changements de pratiques pour permettre d'aider les éleveurs qui sont prêts à faire évoluer leurs pratiques. La présence du Loup dans notre région se fait qui plus est dans un Parc Naturel Régional et nous pourrions attendre donc une facilité de mise en oeuvre de ce dialogue et d'une cohabitation apaisée…