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Depuis quelques temps, nous assistons à une recrudescence de discours d’élus de différents bords politiques prenant pour cible les protecteurs de la nature et les accusant en substance d’être déraisonnables dans leurs revendications et de porter atteinte au développement économique. Le dernier épisode en date concerne le regroupement d’élus locaux promoteurs de parcs éoliens industriels dans les forêts des sommets vosgiens. Le ton et le vocabulaire utilisés versent volontiers dans l’excès et semble montrer une véritable perte de sang-froid de la part d’élus qui sont pourtant censés, en démocratie, être en mesure de prendre en compte et de réguler des confrontations de points de vue et d’intérêts.
Pourquoi alors une telle crispation ?
Peut-être parce que les associations de protection de la nature constatent au quotidien, particulièrement en cette année internationale de la biodiversité, que, au-delà des discours, les projets destructeurs d’une nature de plus en plus relictuelle sont bien plus nombreux que les projets de protection ou de restauration des milieux naturels. Peut-être également parce que le Grenelle de l’environnement a pu donner l’illusion de l’existence d’un large consensus sur la nécessaire « écologisation » de notre société. Et que l’on se rend compte peu à peu qu’il ne suffit pas de rebaptiser le modèle de croissance économique en « croissance verte » ou en « développement durable » pour que ses impacts négatifs sur la nature disparaissent comme par enchantement. Peut-être enfin parce que la caricature de fort mauvais goût consistant à traiter les protecteurs de la nature d’ « ayatollahs » ou de « khmers verts » est un moyen commode et simpliste d’évacuer une argumentation dérangeante.
Alsace Nature ne se range pas dans le lobby anti-éolien. La position de notre fédération, reconnue de mission d’utilité publique par arrêté préfectoral du 6 septembre 1994 et agréée par le Ministère de l’écologie et du développement durable depuis le 11 juillet 1978, vise d’abord à la sobriété énergétique (économies d’énergie et adaptation optimale des types d’énergie aux usages ; dans ces domaines la marge de progrès est considérable), puis au développement des énergies renouvelables, y compris l’éolien. Mais toutes les sources d’énergie, renouvelables comprises, présentent des impacts sur l’environnement et les milieux naturels, certes de manière variable (il n’est pas question de mettre sur le même plan le risque nucléaire avec les effets locaux de l’éolien). Le rôle d’Alsace Nature est de contribuer à minimiser les impacts négatifs du fonctionnement de notre société sur la nature, et donc de mettre en évidence ces impacts.
Notre région a déjà payé un lourd tribut en matière d’aménagement du territoire (canalisation et artificialisation du Rhin, agriculture intensive en grande partie à l’origine de la pollution de notre nappe phréatique, centrale nucléaire de Fessenheim, maillage routier extrêmement dense, très forte urbanisation jusque dans les campagnes les plus reculées…). Il convient par conséquent de tout mettre en oeuvre pour préserver ce qui reste encore de nature, et le massif vosgien fait partie de ces milieux naturels et de ces paysages présentant encore une certaine naturalité. Une industrialisation, même au profit d'appareils de production d'énergie renouvelable ne paraît pas à même de garantir la pérennité de ces derniers milieux naturels. Nous sommes en revanche favorables à la mise en place d'éoliennes de petite et de moyenne puissance, connectées ou non au réseau, en plaine d'Alsace, sur des territoires déjà fortement artificialisés.
C’est dans cet esprit qu’Alsace Nature souhaite continuer à pratiquer le dialogue, afin de faire émerger les enjeux sociaux et environnementaux dans leur complexité, et de contribuer ainsi à l’intérêt collectif, au-delà des invectives et caricatures faciles et stériles.
Contact presse : Maurice WINTZ – Président Régional - 06 48 91 87 56
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