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La nature en Alsace : juste un terrain de jeux ?
 
 
Le parcours de la deuxième édition du Rallye WRC en Alsace a été dévoilé. Alsace Nature et ses associations fédérées, nullement convaincues par les superlatifs creux servant de justification («une ferveur sans égale», et même …. «un rayonnement planétaire» !), ne sont nullement convaincues de l’intérêt et de l’innocuité de ce genre de manifestation.
Notre critique s’appuie sur deux aspects : les leçons tirées de la première édition ; l’aspect éthique.
 

1.    Des engagements non tenus en 2010
Une bonne partie des engagements et promesses faits à la hâte pour imposer la première édition n’ont pas été tenus.
-    On nous promettait que «…les zones de Natura 2000 ont été évitées pour préserver la faune et la flore. Avant la course, une campagne sera lancée dans la presse pour expliquer la nécessité de respecter la nature»[1]. Non seulement il n’en fut rien mais les campeurs installés sur les zones Natura 2000 n’ont même pas reçu la visite des fameux commissaires de course (cf. Photo jointe).
-    On nous expliquait que les 350 commissaires de course seraient là pour faire respecter la règle «…il est tout simplement interdit de se positionner ailleurs que derrière les banderoles vertes qui auront été installées au bord des spéciales bien avant le passage des voitures»[2]. Un rapide coup d’œil sur les blogs spécialisés[3] suffit à comprendre que tout cela était essentiellement de la communication. L’ensemble des photos et des vidéos publiées ont permis de mesurer l’anarchie de la fréquentation et l’incapacité des organisateurs de gérer cela.
-    On nous promettait d’évaluer l’empreinte carbone et de compenser. On a même écrit que le rallye s’inscrivait dans le développement durable ! Après une évaluation qui s’est fait attendre, et qui se contente d'un bilan CO2 simpliste et ingénument narquois de 2700 tonnes, nous restons toujours en attente des compensations annoncées. Le discours a changé et la première édition vient maintenant servir «d’état de référence» et seules les éditions à venir seront compensées. Comment croire en des prises de position oubliées aussi vite ?
 -    On annonçait des retombées économiques et de notoriété qui contribueraient au développement économique de l’Alsace. Les preuves de ces dernières restent à trouver à l’heure actuelle. Aucun bilan sérieux n’a été publié à notre connaissance, malgré les engagements. Les associations ont demandé la communication des bilans financiers de l’édition 2010. Seul un tableau présentant des produits et des charges sous des intitulés sibyllins nous a été présenté. Nous y apprenons que les frais de mission des bénévoles ont coûté 186 586,53 € (sic!), que les droits de calendrier et cotisations diverses (??) coûtent 346 050 €,…
 
Ainsi, nous ne pouvons comprendre que les élus aient accepté d’augmenter la participation publique, qui se portera cette année à 1,44 millions d’euros (sans compter le temps de travail des fonctionnaires, les travaux de voiries, les nombreuses dépenses de communication des collectivités,…) sur la base d’un tel bilan financier.
 
2.    Le rallye : un problème environnemental et surtout éthique
Ce rallye est une illustration parfaite du dévoiement du concept de « développement durable » dans toute sa morgue ! Le problème du rallye ce n’est évidemment pas seulement le bilan carbone. Ce n’est pas non plus seulement la dégradation de quelques milieux naturels, même si son impact sur des écosystèmes déjà fragilisés n’est pas à négliger. C'est aussi celui des pollutions qui n'ont simplement pas fait l'objet de la moindre évaluation : bruit infernal, ozone, particules -micro et autres- qui toutes ont un impact lourd sur la santé des humains et de la faune des environs.
Mais, c’est d’abord un problème éthique. Celui de l’exposition de la suffisance et de l’inconscience de notre société devant la nature et le bien-être général, légitimées, et c’est encore plus grave, par les subventions publiques. Les Vosges en particulier, qui sont reconnues comme hébergeant des milieux naturels fragiles dont la fréquentation nécessite des approches douces et respectueuses, sont ici transformées en terrain de jeu pour engins motorisés[4].

Comment va-t-on compenser l’effet dévastateur de ce rallye sur l’image que nous donnons en termes de respect de la nature, des ressources, des autres ? C’est donc d’abord une question d’éthique, mais le marché triomphant a-t-il que faire de l’éthique ?
Alsace Nature sera donc en travers du chemin de ce rallye et mettra en œuvre l’ensemble des moyens en sa possession pour interpeler la population et les décideurs sur la pertinence et les implications sociales et écologiques de ce type de manifestation. Face au mépris et à la suffisance avec lesquels les organisateurs traitent les questions environnementales[5], nous n’écartons actuellement aucun moyen d’action. L’objectif étant bien d’’arriver à un abandon de cette course.
De plus Alsace Nature appelle l’ensemble des personnes et structures qui voient en cette course une hérésie financière, sociale, environnementale, éthique,… à rejoindre le collectif « Ras le rallye » et à faire entendre leur voix.
 
 
Contact presse : Maurice Wintz

[4]  Même la compensation demandée depuis 2 ans n'a pas été mise en œuvre (elle peut certes l'être encore à postériori), à savoir d'ouvrir à des activités exclusivement non motorisées les tronçons de routes touristiques vosgiennes pendant trois jours équivalent de chaque jour où ils ont été privatisés pour le rallye.

 
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